Il existe des deuils dont on parle peu. Des deuils silencieux, discrets, parfois maladroits à nommer, parce qu’ils ne laissent ni souvenirs partagés, ni photos, ni récits familiaux. Le deuil périnatal fait partie de ceux-là. Il survient tôt, parfois très tôt, et pourtant il bouleverse tout. Il concerne un enfant que l’on a porté, attendu, imaginé, aimé, même si le monde extérieur n’a pas toujours eu le temps de le voir exister.
Ce deuil est souvent minimisé, involontairement, par des phrases qui se veulent rassurantes mais qui blessent : « tu es jeune », « tu en auras un autre », « ça arrive ». Comme si la perte pouvait être compensée. Comme si l’amour pouvait être remplacé. Pourtant, pour les parents concernés, quelque chose s’est arrêté net, alors que le corps, le cœur et l’esprit étaient déjà engagés.
Le deuil périnatal est singulier parce qu’il touche à un lien qui s’est construit dans l’intime, souvent sans témoin. Il y a le corps qui a vécu une expérience profonde, parfois intense, parfois douloureuse, alors même que le monde autour continue comme si de rien n’était. Il y a le sentiment d’isolement, la difficulté à se sentir légitime dans sa peine, et cette impression étrange de devoir aller bien rapidement, pour ne pas mettre les autres mal à l’aise.
Il y a aussi l’absence de rituels. Peu de gestes, peu de mots, peu de repères pour accompagner ce chagrin. Et pourtant, ce qui a été vécu est réel. L’amour était là. L’attachement aussi. Ce n’est pas parce qu’une vie a été courte qu’elle n’a pas compté.
Contrairement à ce que l’on croit parfois, le deuil ne signifie pas l’effacement du lien. Il ne s’agit pas d’oublier, ni de tourner une page comme si rien n’avait existé. L’amour, lui, ne disparaît pas. Il se transforme. Il change de forme. Il devient plus intérieur, plus silencieux, mais il continue d’exister.
Pour certaines personnes, ce lien prend la forme de pensées régulières, d’un prénom murmuré, d’un souvenir intime. Pour d’autres, il s’ancre dans des gestes symboliques, des objets, des rituels personnels qui permettent de donner une place à cet amour-là. Chacun fait comme il peut, comme il ressent, et il n’y a aucune bonne ou mauvaise manière de continuer à aimer.
Pour certains parents, et pour certains proches, la figure de l’ange gardien s’impose naturellement. Non pas comme une vérité universelle, mais comme une image réconfortante, un langage symbolique qui aide à mettre des mots, ou parfois à s’en passer. L’idée qu’un lien subsiste, autrement. Une présence discrète. Une pensée protectrice.
Cette représentation n’est ni obligatoire, ni nécessaire pour tous. Mais elle peut être un appui. Une manière douce de continuer à parler de cet enfant, de lui donner une place intérieure, sans justification, sans explication. Chacun est libre de ce qui lui parle, de ce qui le soutient, de ce qui l’aide à traverser cette épreuve.
Dans le deuil périnatal, il n’y a pas que les parents qui se sentent démunis. Les proches aussi. Ils veulent soutenir, entourer, témoigner de leur affection, mais ont souvent peur de mal faire. Peur de dire une phrase de trop, ou pas assez. Peur de raviver la douleur. Alors parfois, ils se taisent, non par indifférence, mais par peur d'une maladresse ou par crainte.
C’est à partir de ce constat que j’ai imaginé ces petits anges gardiens à offrir aux parents endeuillés. Une manière de dire « je pense à toi », autrement que par des mots difficiles à trouver. Ces anges peuvent être envoyés simplement, à la maman ou aux parents, comme un témoignage d’affection et de reconnaissance de ce qui a été vécu.
Je sais aujourd’hui, parce qu’on me l’a dit, que ces anges apportent du réconfort à ceux qui les reçoivent. Qu’ils sont parfois gardés près de soi. Qu’ils deviennent un petit point d’appui dans un moment où tout vacille. Et si je les propose, c’est parce que je crois profondément à l’importance de ces gestes-là, quand le silence est trop lourd et que les mots ne suffisent plus.
Il n’existe pas de calendrier du deuil. Pas de durée normale. Pas de manière correcte de ressentir. Certains pleurent longtemps, d’autres en silence. Certains ont besoin d’en parler, d’autres préfèrent préserver leur intimité. Le deuil périnatal ne se compare pas, ne se hiérarchise pas, ne se mesure pas.
Ce qui compte, c’est de respecter son propre rythme, de s’autoriser à ressentir ce qui vient, et de ne pas se juger. Le chemin est personnel. Et il mérite d’être respecté.
Le deuil périnatal existe. Il mérite d’être nommé, reconnu, entouré avec délicatesse. Les parents qui le traversent n’ont pas à être forts, ni exemplaires, ni rapides. Ils ont simplement besoin que leur vécu soit vu, entendu, respecté.
Et parfois, un geste simple, silencieux, peut dire plus que de longs discours.
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